Impitoyables 24h de Spa...

1er juillet 2025 GT World Challenge Europe
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Chers amis, partenaires, supporters,

Il est temps de vous faire mon récap sur la semaine des 24h de Spa. Je ne suis pas repassé par chez moi depuis les 24h, l'occasion pour moi de laisser l'adrénaline redescendre et trouver les bons mots.

Je pense que je n'ai plus besoin de vous présenter cette course mythique, c'est LA course phare du championnat, la plus grande course de GT au monde. Cette année un nouveau record d'engagés a été battu, avec 75 GT3 sur la grille de départ !! Le record d'affluence a lui aussi été dépassé avec près de 130.000 personnes qui se sont données rendez-vous sur le toboggan des Ardennes.

Nous avons pris la piste dès le jeudi lors d'une journée ultra intense : au programme, deux séances d'essais libres, les qualifications, et la séance d'essais de nuit. Comme d'habitude à Spa, les séances ont été perturbées par de nombreux drapeaux rouge, et une météo capricieuse... Résultat : peu de tours au compteur avant les qualifications, mais même constat pour les autres équipes.

La piste sèche à l'approche des qualifications et le soleil se couche, laissant la nuit tomber sur le magnifique circuit de Spa. Je ne vais pas vous cacher qu'il y a de la pression au moment de prendre part à la qualif, puisqu'avec 75 voitures en piste, il faut une gestion parfaite du trafic et avoir un peu de chance pour ne pas être gêné par une voiture plus lente... 

C'est Arjun Maini qui commence, il réalise une bonne séance et nous place non loin du top 20 (pour être qualifiés en superpole). Il est content de la balance de la voiture, nous avions fait un bon travail en amont malgré le peu de tours en essais. Jann Mardenborough s'élance à son tour, malheureusement c'est plus compliqué, il ne parvient pas à avoir un tour clair, et les espoirs de superpole s'éloignent. Je prends le volant pour la dernière séance, j'arrive à gérer mon écart et à avoir un tour relativement clair, j'améliore le temps de mes deux coéquipiers et donc notre moyenne. Malheureusement, le temps de Jann nous coute cher et nous place hors du top 20. Nous prendrons le départ des 24 heures depuis la 26eme position. C'est forcément frustrant car la superpole était accessible, mais nous avons 24h pour remonter, ce n'est pas alarmant !

Samedi après midi, 16h30, le départ de la plus grande course de GT du monde est donné ! C'est Arjun qui est dans la voiture, et il lance notre course avec des consignes bien claires : ne pas prendre de risques, garder son calme même quand nous perdons du temps ou des positions, ne pas prendre le moindre avertissement pour dépassement des limites de la piste et bien sûr rester dans le tour du leader. C'est en suivant ces règles que nous pouvons espérer se trouver dans l'emballage final dimanche après midi, et attaquer dans les derniers instants de course. Nous lançons donc notre course, sans pression, en ramenant la voiture dans le tour du leader à la fin de chaque relai. Dans la voiture, il fait très chaud, un relai d'une heure est très physique, notre système de ventilation étant tombé en panne au départ de la course... Nous devons donc enchainer les relais avec plus de 50 degrés dans le cockpit. Nous prenons la décision de faire de simples relais d'une heure jusqu'à la tombée de la nuit, en attendant que la température extérieure diminue... 

Je suis le premier a tenter de rester dans la voiture pour effectuer un double relai, donc 2h10 au volant, alors que la nuit n'est pas encore tombée. Je ne vais pas aller au bout de ce double relai car suite à une neutralisation nous rentrons plus tôt et je laisse ma place à Jann après 1h40. Arjun a été malade quand il est sorti de la voiture un peu plus tôt, à cause de la chaleur. Après Jann, je reprends donc de suite le volant sans avoir pu vraiment me reposer et je pars pour un double. Je finis mon double, il est 2h30 du matin, je dois me poser 5 min dehors au frais pour reprendre mes esprits, mais je tiens physiquement. Arjun est de retour après avoir dormi un moment, je vais donc pouvoir aller dormir un peu plus d'une heure avant de reprendre le volant vers 6h du matin. J'ai pu récupérer un peu et je remonte dans la voiture. La température extérieure ayant baissée pendant la nuit il fait légèrement moins chaud dans le cockpit, bien que cela reste dur de faire un double relai. 

Pour vous donner un aperçu, je porte sur moi 24h/24 un bracelet Whoop, qui me permet de relever des données sur mon organisme. Par exemple, durant mon double relai nocturne de 00h10 à 2h22 (donc 2h12 de relai), j'ai brûlé 1756 kcal, j'ai eu une fréquence cardiaque moyenne de 156 bpm, avec un pic à 175 bpm. Je suis resté 71% du temps en zone 3 (150 à 163 bpm) et 20% du temps en zone 4 (164 à 177 bpm). Il faut donc être en parfaite condition physique pour absorber de tels efforts et les reproduire à plusieurs reprises en si peu de temps, tout ça dans une Ford Mustang GT3 avec plus de 50 degrés de température dans le cockpit... merveilleux haha.

Pour en revenir à la course, je prends donc le volant vers 6h du matin, au lever du jour, pour un double relai. Mais je ne rentrerai jamais au stand... 3 tours avant la fin de mon premier relai, j'occupe une solide 7eme place au général. Nous sommes dans le groupe de tête, en gestion, plein d'espoir pour la fin de course. Maro Engel occupe alors la 8eme place, à bord de la Mercedes-AMG #48, et me suit depuis le début de notre relai. Malheureusement, vers 7h du matin, il tente une attaque dans la dernière chicane... je le vois, je laisse la place, et mon seul but est de me placer derrière lui et continuer ma course. Cependant, il arrive beaucoup trop vite, me percute sur le côté, assez fort pour que l'avant de ma voiture décolle... Je constate de suite que j'ai une crevaison à l'avant droit et des dégâts... J'ai dépassé l'entrée des stands et je dois ramener la voiture au ralenti pendant quasi un tour complet. Je suis en communication avec l'équipe, qui voit des alarmes sur la télémétrie, et la course étant perdue, ils m'ordonnent d'arrêter la voiture et de ne pas prendre le risque de faire plus de dégâts que ce que nous avons déjà. J'immobilise la voiture au virage 8 et en quelques secondes, tout est fini. La voiture médicale me ramène au stand, je suis écœuré. Nous venons de perdre la course à cause d'un autre concurrent, alors que de notre côté nous faisions le job parfait. Il a de suite été désigné responsable de l'incident et à pris une pénalité, mais dans tous les cas s'en est fini pour nous.

C'est évidemment très décevant de finir la course comme ça, mais le bilan est positif : nous faisions une belle course, nous exécutions notre plan à la perfection, sans le moindre accro. La voiture était en un seul morceau, sans dégâts, nous étions dans le groupe de tête, pas de pénalité... Je garde le positif, j'ai fait du bon boulot tout au long de la semaine, l'équipe est contente de mon travail. Nous continuons de faire progresser la Ford Mustang GT3 et je suis confiant pour les courses à venir.

Maintenant, je continue de travailler dans l'ombre que ce soit sur moi même, physiquement et mentalement, ou bien sur mes partenariats, sans relâche jusqu'à la prochaine manche qui aura lieu fin août sur le magnifique circuit du Nurburgring, en Allemagne, à deux pas du QG de l'équipe.

Je vous remercie à tous pour le soutien, les messages reçus avant ou après la course, c'est très important pour moi. Le process est en marche, je sais que je suis au bon endroit, et que les efforts vont payer.

Sportivement,

Thomas Drouet

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